Ouverture d’un colloque international sur le fait nucléaire à Paris

Le Président de la Polynésie française, Edouard Fritch, a prononcé une allocution à l’occasion de l’ouverture du colloque international « Des essais au désert : pour une histoire comparée et transnationale des sites d’essais nucléaires », qui se déroule à Paris, du 19 au 22 janvier. A travers son allocution diffusée ce mercredi à Paris, il a témoigné de notre vécu d’Océaniens, par rapport à l’héritage des essais atomiques.

Organisé par le CRESAT (Centre de recherche sur les économies, les sociétés, les arts et les techniques), la MSHP (Maison des Sciences de l’Homme du Pacifique) et l’INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales), ce colloque s’étend sur trois journées d’échanges et de travaux.

Ce séminaire prend en compte les circulations et les transferts d’expériences autour des essais, qu’il s’agisse des décideurs, des militants ou de l’ensemble des populations concernés par les essais nucléaires.

Les intervenants et auditeurs de ce séminaire ont le souhait de communiquer les fruits des recherches sur le Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP), mais aussi de se confronter à des situations comparables ou imbriquées. C’est ce qui a conduit à organiser ce colloque international, consacré aux sites d’essais nucléaires dans le monde envisagés sous l’angle du territoire, du politique et de l’environnement.

Le Président Edouard Fritch a ouvert la première journée du colloque portant sur la thématique des « Acteurs et régimes de nucléarité : décideurs, militants, riverains ».

Dans son allocution, le Président raconte l’évolution des perceptions des essais nucléaires en Polynésie française. En effet, les polynésiens sont passés par une phase de clivage entre pro et antinucléaire, puis ont souligné le manque de considération de l’Etat, pour finalement aboutir en 2021, à des discussions objectives et respectueuses, notamment avec l’émergence de la délégation Reko Tika.

Dans les années 60, le Président indique qu’au début des essais nucléaires, il n’était encore qu’un adolescent insouciant, et que personne n’imaginait alors à Papeete que des essais ayant lieu à 1200 km pouvaient avoir des retombées sur Tahiti.  20 ans plus tard, lorsque qu’il s’est engagé en politique, les relations s’affichaient déjà très clivées, entre pro et antinucléaires.

Les autonomistes, personnes favorables à la France, devaient être forcément confiants dans l’innocuité des essais, puisque les plus hautes autorités de l’Etat affirmaient, à cette époque, que tout était sous contrôle. A contrario, le moindre doute à cet égard faisait passer le sceptique pour un indépendantiste : « sur le terrain politico médiatique, nous nous sommes confrontés et déchirés entre nous, nous accusant mutuellement de duperie, de traîtres à la Polynésie d’un côté, de terroristes de l’autre » a-t-il raconté.

C’est finalement en 1996, à la signature par la France, du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, que la population et la classe politique pensaient que la page était tournée.

Pour rappel, au siècle dernier, les grandes puissances ont choisi de réaliser leurs expérimentations de bombes atomiques dans des lieux considérés, par elles, comme déserts. « Or, nous étions là, comme d’autres populations à travers le monde ayant subi le même sort, dans ces prétendus déserts qui n’en sont pas » précise Edouard Fritch. Le Président souligne l’idée que nous étions « considérés comme quantité négligeable. Mais l’Océan Pacifique n’est pas un désert. Il abrite la civilisation des plus grands navigateurs de tous les temps ».

En mai 2021, sous l’impulsion du Président de la Polynésie française et avec l’accord du Président de la République, la délégation Reko Tika a officiellement été mise en place. «Reko Tika», mot à mot, « Parole Droite », en langue paumotu, traduit les concepts de vérité, de justice, et soutient l’idée de s’exprimer et d’agir en responsabilité.

La délégation a ainsi pu participer à la table ronde de haut niveau qui s’est tenue les 1er et 2 juillet 2021 à Paris, afin d’évoquer les différents points liés au nucléaire, notamment la partie archives et mémoire, également le volet sanitaire, l’indemnisation des victimes et les effets sur l’environnement, la société et l’économie. Cette rencontre a donc marqué une étape historique dans le traitement du fait nucléaire en Polynésie française par l’appareil d’Etat français. « Désormais, nos interlocuteurs nous considèrent à égalité de citoyens, dans un échange franc, objectif et respectueux. On ne vient plus nous dire ce que nous devons ressentir et ce que nous devons penser. Au contraire, on répond avec rigueur et professionnalisme à nos interrogations au lieu de les chapitrer ou de les railler » a conclu le Président Edouard Fritch.