Intervention de Madame Romilda TEHIATA sur le projet de loi du Pays relatif à la vaccination obligatoire dans le cadre de la gestion de la crise sanitaire liée à la covid-19

Monsieur le Président de la Polynésie française, 

Monsieur le Président de l’Assemblée de la Polynésie française,

Mesdames et Messieurs les ministres,

Mesdames et Messieurs les représentants à l’Assemblée de la Polynésie française,

Chers collègues,

‘Ia ora na,

Je vous remercie de votre attention.

Je commencerai par citer l’article 4 de la constitution de 1958 que nous connaissons tous et qui me paraît important de rappeler dans ce contexte : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. »

Cet article rappelle que nous vivons dans une communauté et que de ce fait parfois la liberté individuelle se trouve restreinte pour que la liberté collective puisse s’exprimer. En l’occurrence, il s’agit de notre droit à la vie, proclamé notamment dans l’article 3 de la déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948.

Certes les restrictions ne doivent pas aboutir à un abus de pouvoir et c’est pour cela que nous avons des hautes instances, tels que le conseil constitutionnelle ou encore le conseil d’Etat, qui contrôlent chaque décision entrainant une restriction des libertés individuelles.

Aujourd’hui, nous devons voter un texte qui, malgré un avis favorable des hautes juridictions, nécessite de trouver un juste équilibre entre liberté collective et liberté individuelle. Il s’agit d’une obligation qui a été mise en place non seulement en France, mais aussi aux Etats-Unis ou encore aux Royaume-Uni, au regard de la situation alarmante et urgente causée par le COVID-19 (nombre de décès, saturation des hôpitaux, etc..).

La Polynésie ne fait pas exception, tous les jours nous déplorons des décès, et nos professionnels de santé sont tous les jours confrontés à la mort de patients. Ils ont choisi cette voie pour sauver des vies, et aujourd’hui, ils doivent trier les patients en acceptant qu’ils ne pourront pas sauver tout le monde.

Ce mercredi un médecin précisait «Je pense que j’ai laissé mourir plus de gens en 48 heures qu’en quinze ans de carrière »

Ce jeudi le Docteur Tranchet confiait aux médias qu’ «  on est dans une situation de type « médecine de guerre » »

Pourtant, actuellement, nous avons une arme, la vaccination qui est décrit par l’Organisation mondiale de la santé comme « une nouvelle arme essentielle dans la lutte contre la COVID-19 ».

Et cette arme pourrait, j’en suis convaincue, atténuer la saturation de nos structures de santé, et ainsi améliorer l’impact psychologique sur nos soignants, car au-delà d’une « guerre sanitaire », c’est une guerre psychologique que chaque personnel soignant mène au quotidien.

Malheureusement, malgré les nombreuses incitations à la vaccination et la mobilisation de nos équipes (vaccinodrome, déplacement dans les îles, etc), la couverture vaccinale reste encore insuffisante (30,64% au 16 août). Le directeur de l’ILM précise d’ailleurs que « les personnes qui viennent à l’ILM et qui sont positives sont majoritairement, mais très très majoritairement, je dirais même à plus de 80%, des personnes non vaccinées. »

Par ailleurs, les personnes en réanimation sont majoritairement des personnes non-vaccinées. Mercredi on entendait un infirmier du bloc dire « Je ne peux plus entendre les inepties des non vaccinés qui arrivent désormais par “containers” à l’hosto. J’aime mon métier, j’aime l’humain. Mais quand tu comprends qu’à cause de ces antivax, on est saturé et qu’au final, ce sont des gens vaccinés qui n’ont plus de places pour se faire soigner, et que ceux qui ont d’autres pathologies vont aussi mourir par manque de places et de prise en charge à cause d’eux, je n’y arrive plus ».

Je terminerai par le témoignage du co-gérant de la société de désinfection Tahiti Bio Système, mobilisée 24H/24 pour nettoyer les avions utilisés pour les évasans, Franck Guillot : « On voit dans quel état les gens sortent de l’avion, mobilisé. On sait l’implication du Samu, des médecins…On les voit travailler toutes les nuits ! C’est incroyable qu’il y ait encore des personnes non-vaccinées. On a tout ce qu’il faut ici ! Dans d’autres pays, c’est galère pour se faire vacciner. Ici, on a même le choix des vaccins. On a de la chance. Nous, on est sur le terrain et on vous garantit, c’est pas joli…Il y a des patients qui me marquent…Je n’en parlerais pas, mais... » termine Franck Guillot, visiblement ému. »

Je tenais à vous faire part de ces différents témoignages, avant de passer au vote de ce projet certes délicat mais qui pourra, j’en suis persuadée, aider la Polynésie à sortir plus rapidement de cette crise sanitaire.

Je vous remercie de votre attention.