Intervention de Madame Tepuararii TERIITAHI au sujet du projet de loi du Pays relatif à la vaccination obligatoire dans le cadre de la gestion de la crise sanitaire liée à la covid-19

Monsieur le Président de la Polynésie française, 

Monsieur le Président de l’Assemblée de la Polynésie française,

Mesdames et Messieurs les ministres,

Mesdames et Messieurs les représentants à l’Assemblée de la Polynésie française,

Chers collègues,

Chers internautes,

Iaorana,

« La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres »’!

Cette expression bien connue de John Stuart Mill, philosophe britannique du 19ème siècle, trouve ici tout son sens dans un contexte sanitaire inédit où certains voudraient aujourd’hui nous faire croire que la somme des individualités est plus importante que l’intérêt supérieur de notre collectivité et surtout, que la santé de ses administrés.

Dans toute  démocratie qui se respecte, nous verrons qu’une telle conception ne peut prospérer et qu’à un moment donné, il appartient aux législateurs que nous sommes de montrer la voie du bon sens et de la raison en prenant les décisions qui s’imposent. Même si elles peuvent apparaître brutales, voire illégales aux yeux des contestataires les plus acharnés.

Certes, le projet de loi qui nous est soumis par le gouvernement, imposant l’ obligation vaccinale dans un certain nombre de secteurs d’activité, quel que soit le lieu d’exercice, les personnes ou les professions concernées, mais qui ont comme point commun d’être au contact direct du public, ne prétend pas recueillir l’unanimité tant le sujet de la vaccination obligatoire, en général, fait débat. Ici comme ailleurs. Et ce, bien avant l’apparition de la covid-19…

Mais il a au moins le mérite de susciter les échanges et la réflexion comme nous avons pu le faire, pas plus tard que mercredi après-midi en commission de la Santé, deux heures durant, en présence de nombreux interlocuteurs parmi lesquels notre ministre de la Santé.

Que devons-nous retenir de ce premier examen ?

Tout d’abord, un constat indéniable : malgré d’importants moyens humains et financiers déployés par l’Etat et le Pays, la campagne de vaccination démarrée au début du mois de janvier 2021 en Polynésie n’a pas produit les résultats escomptés en terme de couverture vaccinale de notre population.

Les nombreux vaccinodromes mis en place par le pays, à la Présidence et dans les communes sont souvent restés désespérément vides.

Si nos matahiapo, considérés comme une cible prioritaire, ont compris l’intérêt de se protéger, les plus jeunes en revanche, ne se sont pas sentis concernés. D’autant qu’à partir du mois de mai, le volume de contaminations avait enregistré une nette décrue au point de laisser penser que la crise sanitaire était derrière nous. C’était sans compter sur le variant Delta, hautement plus contagieux que la souche classique…

L’autre réalité, encore plus dramatique, c’est que cette défiance génère bien des souffrances que l’on aurait pu éviter. Tant pour le personnel soignant submergé par le nombre de malades que pour les familles des 235 victimes imputables à la covid à la date du 19 août.

Avec un chiffre qu’il ne faudra jamais oublier, celui de 98% correspondant au pourcentage des patients non vaccinés admis en réanimation. C’est dire que le vaccin a son efficacité et qu’il constitue une barrière solide, a priori la seule, contre les formes les plus graves de la maladie.

Qu’on se le dise, le vaccin n’empêche pas la contamination mais constitue la meilleure barrière contre les complications.

Je rappelle par ailleurs que cette vaccination obligatoire existe déjà dans les faits pour les enfants qui entrent à l’école. Aussi, comment admettre que les adultes ne s’y soumettent pas à leur tour quand le besoin se fait sentir ?…

En de telles circonstances douloureuses, je passerai rapidement sur les conséquences économiques et financières de l’épidémie mais retenez quand même que les 5 milliards de Fcfp pour les seules structures de santé, ont considérablement réduit nos marges de manœuvre pour l’avenir.

J’entends, comme vous, les partisans d’un confinement strict brandir cette solution comme ultime remède pour tuer dans l’œuf ce maudit virus. Qu’ils sachent que ce scénario n’est pas totalement écarté mais il doit être sérieusement étudié sur la durée afin de ne pas hypothéquer nos chances de relance, le moment venu. Et surtout il s’agit de faire cohabiter au mieux confinement et vaccination.

Aussi, ce texte de portée générale s’inscrit dans le prolongement de l’initiative prise en métropole par le gouvernement Castex, en allant même plus loin, car il ne limite pas l’obligation vaccinale aux soignants seuls mais l’étend à d’autres professionnels, qu’ils soient du public ou du privé. Permettez-moi d’en citer quelques-uns, même si la liste n’est pas exhaustive : les enseignants, les personnels en charge de personnes âgées ou d’handicapés, les chauffeurs de bus…

Il l’étend également aux personnes dites vulnérables, généralement en longue maladie, porteurs d’un carnet rouge mais aussi à certaines professions pour qui la distanciation physique et les gestes barrières sont quasiment impossible à mettre en œuvre (esthéticiennes, tatoueurs, etc…).

Pour ces 3 catégories, la sanction sera une amende de 175 000 Francs.

Pour les personnes visées par la LP 2, c’est-à-dire les personnes atteintes de certaines affections, la sanction sera un relèvement  de son ticket modérateur pour l’ensemble de ses soins et pas seulement pour les soins liés à la COVID.

La collectivité ne peut pas continuer à admettre qu’un sujet vulnérable un diabétique, par exemple, qui bénéficie au départ d’une quasi-totale prise en charge de ses soins et traitements, s’obstine à ne pas se faire vacciner au risque de se retrouver à cause de la COVID à l’hôpital, en réanimation pour un coût journalier estimé entre 800000 et 1 millions de francs pacifique alors que vacciné il aurait eu de grandes chances d’éviter la réanimation.

L’obligation vaccinale tient compte naturellement des contre-indications – temporaires ou absolues – susceptibles de présenter certains patients. J’observe quand même que les procédures de contrôle et de notification aux intéressés sont suffisamment souples pour éviter que ne tombe le couperet car il va de soi que l’objectif n’est pas de mettre à l’amende les contrevenants mais plutôt de les ramener à la raison en dynamisant le courant vaccinal. Les sanctions tomberont au plus tôt 1 mois après la constatation et les récalcitrants auront 2 mois pour se mettre dans les règles. Ils bénéficieront même d’autorisations d’absence pour se rendre à la vaccination.

A mon sens, ce texte constitue avant tout un formidable appel à la responsabilité de tous face au péril qui nous guette.

Car oui, mes chers collègues, ce projet de loi du Pays ne doit pas être perçu comme une contrainte, une atteinte à nos libertés fondamentales et encore moins comme une punition.

La vaccination n’est pas une punition, elle est une CHANCE.

La rendre obligatoire c’est avant tout préserver les acteurs essentiels à la guerre anti-COVID et préserver les plus vulnérables.

Puisse ce texte produire, avant qu’il ne soit trop tard, un véritable électrochoc dans les consciences. Le Pape François parlait dernièrement de la vaccination comme d’un « acte d’amour » ; un peuple aussi croyant que le notre ne peut qu’adhérer à ce message fraternel.

Un vœu pieu, me direz-vous ? Je veux croire que non. Regardez ce qui s’est passé en métropole après l’appel du président de la République lancé le 12 juillet dernier, invitant les personnels soignants, ceux qui sont en première ligne, à se faire vacciner. Force est de constater que le message a été entendu car le taux de vaccination dépasse aujourd’hui, dans cette frange, les 80%.

Voilà donc les éléments que je souhaitais porter à votre connaissance avant de passer au vote de ce projet de loi du pays relatif à la vaccination obligatoire dans le cadre de la gestion de la crise sanitaire liée au covid-19.

Je vous remercie de votre attention.