Intervention de Madame Virginie BRUANT sur le projet de loi du Pays relatif à la vaccination obligatoire dans le cadre de la gestion de la crise sanitaire liée à la covid-19

Monsieur le Président de la Polynésie française, 

Monsieur le Président de l’Assemblée de la Polynésie française,

Mesdames et Messieurs les ministres,

Madame et Messieurs les parlementaires,

Mesdames et Messieurs les représentants à l’Assemblée de la Polynésie française,

Mesdames et messieurs de la presse, cher public,

Iaorana,

Avant d’entamer mon intervention je souhaite avoir une pensée particulière pour l’ensemble de notre personnel soignant qui se bat sans relâche contre ce fléau, ainsi qu’aux  familles endeuillées à cause de ce virus, adversaire sournois de notre guerre sanitaire. A Vous tous un grand faaitoito.

Il n’est pas aisé d’intervenir sur ce sujet.

Je commencerais donc mon intervention par un chiffre, déjà annoncé par notre président : 98.

98% des patients en service de réanimation aujourd’hui sont des personnes non vaccinées. Ce n’est pas un débat, c’est un fait.

C’est dire que le vaccin prouve quand même bien son efficacité et qu’il constitue une barrière solide, a priori la seule aujourd’hui, contre les formes les plus graves de la maladie.

Nous entendons les arguments des anti-vax, nous lisons les news et les fakes news, les avis des uns et des autres, nous sommes submergés par les informations… difficile quand on n’est pas médecin de s’y retrouver…

Je ne suis pas médecin.

Mais l’Académie Nationale de Médecine, elle, estime « qu’il est indispensable de rendre le vaccin obligatoire pour de nombreuses professions, ainsi que pour les enfants et les ados. »

L’Institut Pasteur quant à lui indique récemment qu’en « l’absence d’abaissement significatif du taux d’incidence actuel, le nombre d’hospitalisations en soins critiques dépassera tout ce que l’on a connu jusqu’à présent »

Le corps Médical des médecins lance un appel solennel à l’obligation vaccinale pour le personnel soignant.

La Cour européenne des droits de l’homme le 8 avril 2021, estime qu’une obligation vaccinale poursuit des buts légitimes de protection de la santé et de protection des droits d’autrui et répond à un besoin social impérieux.

D’ailleurs le conseil d’état s’appuie sur cette position pour valider l’obligation vaccinale en France.

Bon à priori toutes ces personnes, qu’elles soient notamment scientifiques, chercheurs ou médecins et qui composent ces organes ne sont pas des novices …. On ne va pas parler de complot à ce niveau-là, s’il vous plait chers détracteurs, avec tout le respect que j’ai pour la libre pensée, remettre en cause les positions de ce type d’institution me paraitrait déplacé.

Au regard de la situation périlleuse que nous traversons, il nous faut concilier garantie des libertés individuelles et considérations sanitaires, et dieu sait que la tâche est rude.

L’OMS affirme que le vaccin est une « nouvelle arme essentielle dans la lutte contre la COVID-19. Travaillant le plus vite possible, des scientifiques du monde entier collaborent et innovent pour fournir des tests de dépistage, des traitements et des vaccins qui, ensemble, permettront de sauver des vies et de mettre fin à la pandémie. »

Il faut atténuer la chaine de contamination dès l’instant où le vaccin rend les personnes covidées moins contagieuses :

En effet, le Conseil scientifique, le 6 juillet 2021 a confirmé « qu’une personne nonvaccinée est 12 fois plus contagieuse qu’une personne vaccinée »

Le vaccin est une arme contre ce virus. Les gestes barrières et la distanciation sociale aussi. Malgré les doutes, les incertitudes et la peur inhérente à l’être humain, nous ne pouvons pas refuser d’utiliser une arme qui peut protéger et sauver la vie de nos concitoyens.

Certes, le projet de loi qui nous est soumis par le gouvernement, portant obligation vaccinale dans un certain nombre de secteurs d’activité, quelque soit le lieu d’exercice, les personnes ou les professions concernées, mais qui ont comme point commun d’être au contact direct du public, ne prétend pas recueillir l’unanimité tant le sujet fait débat. Ici comme ailleurs. Et ce, bien avant l’apparition du covid-19…

 Il parait opportun de remarquer que l’obligation vaccinale pour le personnel soignant telle que proposé aujourd’hui a déjà été mise en place dans des grands pays tels que les Etats-Unis, La Russie, l’Italie, le Royaume-Unis, la Grèce, la France, …

Preuve que tous sans exception considèrent la vaccination comme une des meilleures solutions pour sauver leur population.

Dans un contexte que je qualifierais de normal, je ne suis pas particulièrement pour l’obligation vaccinale. Mais aujourd’hui nous sommes dans une situation de guerre sanitaire, nous devons donc prendre des décisions que nous ne prendrions peut-être pas en temps normal. Nous ne le faisons pas forcément de gaîté de cœur mais la situation critique dans laquelle nous sommes nous oblige à sortir des sentiers battus.

Mais bon il faut aussi remettre l’église au centre du village…

La vaccination fait partie de notre système de santé et de protection sanitaire depuis le XVIIIème siècle !! cela ne date pas d’hier …
Cette technique a permis d’éradiquer des fléaux telle que la variole, le Choléra …et de sauver des millions de vies.

1796 : le tout premier vaccin contre la variole, 1885 la rage, puis la fièvre typhoide,  la peste, la tuberculose, la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, la fièvre jaune, la grippe, la rougeole, la rubéole, les oreillons, la varicelle, l’hépatite B, récemment en 2016 le papillomavirus, l’hépatite E , la grippe saisonnière, l’entérovirus 71 (une des causes du syndrome pieds-mains-bouches), la malaria, ebola, et enfin le covid.

Merci la science quand même…

En ces temps-là, quand un vaccin était trouvé les populations touchées ne faisaient pas la fine bouche…c’était une réelle avancée médicale pour sauver des vies.

Nous ne pouvons pas jeter la pierre à la science grâce à qui notamment aujourd’hui notre espérance de vie est passé de 37 ans au 19eme siècle à 79 ans pour les hommes et 86 ans pour les femmes en 2021.

Je rappelle par ailleurs que l’obligation vaccinale est depuis des années admise pour certaines professions et que cette vaccination obligatoire existe déjà dans les faits pour les enfants qui entrent à l’école, au nombre de 11 vaccins, car il est admis que cette technique protège non seulement le sujet vacciné mais également les autres.

Aussi, comment admettre que les adultes ne s’y soumettent pas à leur tour quand nous sommes en guerre contre ce virus ?

Rappelez-vous l’épidémie de rougeole aux Samoa  qui avait provoqué la mort de 83 personnes, dont de nombreux enfants, sur plus de 5700 patients atteints, en décembre 2019. Le faible taux de vaccination de l’archipel avait été identifié comme facteur clé contribuant à l’épidémie, incitant le gouvernement à imposer la vaccination pour mettre sa population à l’abri d’une nouvelle vague épidemique.

Il y a quelques mois, nous n’avions pas de vaccins contre le covid et nous hurlions au scandale… et le jour où nous les avons reçus… et bien finalement on hésite car on ne se sait pas ce qu’il y a dedans…

Je pose la question suivante : Savons-nous exactement comment est fabriqué le coca-cola ? pour autant il s’agit bien de la boisson la plus consommée dans le monde. Ou encore les cigarettes ?

Pas plus tard qu’hier, une infirmière du CHPF dénonçait, avec tristesse, d’être arrivée à un stade où ils trient les patients : je cite« ils ont du choisir d’intuber un jeune de 25 ans non vacciné, pesant plus de 200kg plutôt qu’une personne de 52 ans en meilleure condition physique, il ne restait qu’une place…c’est l’âge qui a primé » c’est horrible.

Nos hôpitaux sont saturés …. C’est terrifiant de voir notre personnel médical être obligé de choisir qui ils vont soigner ou pas… Tahiti Infos titrait hier à juste titre « une médecine de guerre »,

Monsieur le président, j’en appelle de mes vœux pour que nous demandions une nouvelle réserve sanitaire à la France pour venir en soutien à notre personnel soignant.

400 personnes ont été envoyés en Martinique et en Guadeloupe. Alors qu’aujourd’hui nous battons de tristes records, nous avons accueilli récemment une réserve sanitaire de 14 personnes de France et 8 de Nouvelle-Calédonie.

Vous connaissez l’expression « Aux Grands Maux les Grands Moyens » et bien nous y sommes… malheureusement.

Un autre chiffre : Le 19 août 2021 : sur les 15 derniers jours : 91 décès !

J’ai perdu ma grand-mère à cause du Covid il y a 2 mois. Je souhaite plus que tout qu’on en finisse, je souhaite qu’on retrouve une vie normale, je souhaite qu’on puisse retravailler normalement, je souhaite qu’on puisse enlever ce masque qui nous colle au visage toute la journée et avec lequel nous n’arrivons pas à respirer, je souhaite que nous puissions revoir nos familles normalement les prendre dans mes bras et les embrasser, mais avant tout je souhaite qu’on arrête de compter nos morts à cause de ce virus…

Je suis vaccinée depuis le mois d’avril pas seulement pour moi, mais par responsabilité et respect envers toutes les personnes que je côtoie tous les jours.

Alors si cela peut être considéré comme une atteinte aux libertés individuelles, ce projet de texte est avant tout motivé par une situation sanitaire exceptionnelle et il a pour objectif l’intérêt individuel et collectif car effectivement « la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres »

Et que le droit à être soigner est aussi un droit constitutionnel.

Aujourd’hui ce droit est bafoué car seules les personnes covidées sont soignées…. Les autres… ils attendront… c’est sûr que ces derniers communiquent moins que certains, mais ils sont là aussi, à attendre d’être pris en charge, d’être opérés, d’être soignés… tout simplement.

Ce projet de loi de pays doit donc être perçu comme un moyen de permettre que le droit constitutionnel à être soigné soit applicable pour tous.

J’en appelle à la sagesse de tous mais surtout à l’esprit d’union et de fraternité qui est la base même du peuple polynésien, nous avons atteint un niveau d’agressivité entre nous, notamment sur les réseaux sociaux véritable déversoir de haine et de malveillance, qui dépasse l’entendement.

Ne nous trompons pas d’adversaire, la guerre n’est pas entre nous… la guerre sanitaire que nous devons combattre est bien celle contre ce virus Covid qui nous gâche la vie depuis presque 2 ans maintenant, et ce, dans tous les pays du monde…personne n’est épargné.

Enfin, vous remarquerez que je n’ai pas évoqué les conséquences désastreuses de cette guerre sanitaire sur notre économie, dont nous mettrons des années à nous relever, mais la santé n’a pas de prix, même si elle a un coût … aujourd’hui notre combat est vital, nous devons nous battre ensemble pour qu’il arrête de prendre nos vies et celles de nos proches.

J’en appelle de mes vœux les plus sincères pour qu’ensemble nous nous réunissions autour de ce combat que nous devons gagner coute que coute.

Le Pape François parlait dernièrement de la vaccination comme d’un « acte d’amour » ; un peuple aussi croyant que le nôtre ne peut j’espère qu’adhérer à ce message fraternel.

Voilà, chers collègues, les éléments que je souhaitais partager avec vous sur ce sujet en espérant très sincèrement que dans un avenir le plus proche possible, nous ne parlions du covid qu’au passé.

Je vous remercie de votre attention.