Allocution du Président Edouard FRITCH – séance du 18 juin 2020 – APF

Monsieur le Président de l’Assemblée,
Monsieur le vice-président du gouvernement,
Mesdames et messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Mesdames et messieurs les représentants,
Mesdames et messieurs du public et ceux qui nous regardent par internet,
Mesdames et messieurs les journalistes,

Cette séance est assez particulière. Nous allons étudier le compte administratif 2019 du Pays qui traduit un état économique et financier exceptionnel, tel que nous ne l’avions jamais vécu. Mais tout cela est passé au second plan avec la crise sanitaire de la COVID-19 qui a sérieusement mis à mal notre économie en ce début d’année avec des effets qui perdureront.

Je débuterai mon propos sur les grandes lignes de ce compte administratif puis j’évoquerai plus longuement les conséquences de la crise sanitaire.

Ainsi, le total général des recettes de fonctionnement de l’exercice 2019 s’établit à 131 milliards Fcfp, dont 107,8 milliards de recettes fiscales et 23,2 milliards de recettes non fiscales, en progression de 2 % par rapport à 2018, du fait d’une forte progression de la fiscalité indirecte qui permet de compenser la baisse des recettes de la fiscalité directe, que l’on explique notamment par la baisse progressive des taux d’IS depuis 2016, une progression des engagements en investissements des entreprises et la bonne performance des projets en défiscalisation.

Les dépenses de fonctionnement s’élèvent à près de 109 milliards Fcfp, dont 29 milliards en charge de personnel, en retrait de 1 milliard par rapport à 2018, des dépenses de transfert à 34,5 milliards, en progression de 11,5% du fait du renforcement des politiques sectorielles et une dotation du FIP en augmentation de 7%, à 18,5 milliards Fcfp.
En section d’investissement, le montant total des recettes s’établit à 12,9 milliards Fcfp, en recul de 1 % par rapport à 2018. Il est à noter que les recettes relevant du partenariat financier avec l’Etat s’élèvent à 7,3 milliards Fcfp.
Les dépenses réelles d’investissement s’élèvent à 29,8 milliards Fcfp. L’objectif que j’ai fixé au gouvernement visait à atteindre les 30 milliards de liquidation pour 2019. Je vous rappelle que ces dépenses d’investissements s’élevaient à 12 milliards en 2012. Cette année 2019 fut donc exceptionnelle aussi à ce titre.
Je souhaite, au-delà des Ministres et leurs équipes, remercier les services de l’administration mais également toutes les entités publiques ou semi-publiques qui ont permis d’atteindre ces excellents résultats. Merci à toutes et à tous pour votre mobilisation et ces résultats.
Le résultat de fonctionnement cumulé du budget général pour l’exercice 2019 s’élève globalement à 21,8 milliards Fcfp, après le financement de la section d’investissement à hauteur de 15,2 milliards. Cette année 2019 aura donc été l’année la plus performante sous l’angle des finances publiques et nous avons atteint des chiffres records en termes de chiffre d’affaires et donc de PIB à plus de 670 milliards Fcfp selon les dernières estimations provisoires faisant état d’une croissance de plus de 2,5% de cet indicateur de performance économique du Pays.
Ces résultats exceptionnels nous auront permis de mobiliser, lors du collectif massif que nous avons voté, la moitié du solde prévisionnel attendu de ce compte administratif, le solde réel disponible après le financement du collectif du mois de mars dernier s’élève donc désormais à 11 milliards Fcfp.
Pour ce qui concerne les comptes d’affectation spéciale, globalement les fonds présentent un solde positif à hauteur de 2 milliards Fcfp.
Le résultat de fonctionnement cumulé des comptes spéciaux s’établit à 10 milliards Fcfp.
Toutefois, après prélèvement au BP 2020 et au collectif 1-2020 du mois de mars dernier, le solde disponible s’élève désormais à 6,8 milliards Fcfp.


Chers amis, ces excellents résultats auraient dû nous permettre d’amplifier encore le développement économique et social de notre Polynésie cette année au bénéfice de tous les Polynésiens.
Les perspectives de l’année 2020 laissaient en effet présager un résultat encore en augmentation par rapport à 2019.
C’était, cependant, sans compter sur la progression rapide de la pandémie mondiale liée à la covid-19 et ses impacts dramatiques sur la santé des populations de par le monde : on compte en effet plus de 8,3 millions de personnes touchées par le coronavirus et près de 450 000 décès.
En Polynésie française, les mesures d’urgence prises par mon gouvernement en relation avec notre représentant de l’Etat, monsieur Dominique Sorain, mais aussi nos tavana sortants et ce, malgré le contexte électoral, ont permis de stopper en quelques semaines la propagation de la maladie.
Ainsi, notre pays a compté jusqu’à 60 personnes malades, et, grâce à Dieu, aucun décès n’est à déplorer. Je remercie tous les jours le Seigneur d’avoir préservé notre population de ce fléau dévastateur.
Je vous remercie aussi, ainsi que tous les Polynésiens, d’avoir accepté de suivre nos recommandations et mesures d’urgences prises pour lutter efficacement contre ce fléau.
Bien sûr je remercie les confessions religieuses d’avoir su unir leurs forces pour affronter efficacement cette crise sanitaire sans précédent.
Je n’oublie pas les partenaires privilégiés du Gouvernement, je veux parler des maires que je veux remercier également.
Les décisions de restreindre la circulation des biens et des personnes dans notre pays et la fermeture de nos frontières prises d’un commun accord avec le Haut-commissaire de la République pour protéger nos populations étaient impératives et indispensables. Les chiffres de l’épidémie au fenua démontrent que nous avons pris les bonnes décisions pour endiguer la propagation de la covid-19.
Bien sûr et c’est la vie, il y a eu des mécontents. Je peux comprendre.
Mais, ce qui m’importait était de protéger ma population, y compris tous ceux et celles qui m’insultaient. C’est une crise que personne n’a voulu, mais elle était là et nous devions, ensemble, l’affronter.
Dans cette lutte sanitaire, je suis particulièrement satisfait, le Haut-Commissaire avec moi, d’avoir pu épargner l’ensemble de nos archipels de cette épidémie. Cette réalité constituera un atout pour notre relance économique et j’y reviendrai dans quelques instants.
Dieu merci, grâce à la pertinence des décisions prises par le ministre de la santé et ses services, nous sommes assez rapidement sortis du confinement. Je salue le travail et les efforts déployés par nos agents de santé, comme toutes celles et ceux qui y ont contribué.
Dans ce cadre, le Pays a dépensé 1,3 milliard Fcfp, rien que pour les actions sanitaires et de protection de nos populations pour enrayer la propagation du covid19.


Cette crise sanitaire qui nous a amenés à suspendre nos liaisons avec l’extérieur, a montré et mis en exergue le fait que notre industrie touristique est une grosse locomotive économique pour notre Pays.

Tous les maires des îles ayant une économie touristique se sont aperçus, suite à l’arrêt total et brutal des flux de visiteurs, combien cette activité faisait vivre de personnes et comment elle irriguait tout un tissu local de petits producteurs et de commerçants.
Les maires de Rangiroa, de Fakarava, de Nuku-Hiva et bien sûr Bora Bora, nous ont exprimé leurs inquiétudes face à la fermeture des établissements hôteliers et d’hébergement chez l’habitant dans leur île.
A Tahiti, certaines entreprises agro-alimentaires, de fabrication et de vente de boissons d’alimentation, de production et de distribution de fruits et légumes, de production et de distribution de produits de la mer, ont perdu une partie importante de leur chiffre d’affaires tiré de la consommation des touristes.
Et en cascade, le transport maritime local souffre de la perte de ce volume de marchandises à transporter.
De même l’arrêt de nos deux paquebots de croisières, le Paul Gauguin et l’Aranui, a notamment privé les transporteurs, les prestataires d’activités et les artisans des Iles Sous le Vent et des Marquises d’une activité et donc d’un revenu significatif pour leurs petites entreprises.
Prenons le cas de Bora Bora, sur une population de 10 000 habitants, nous comptons près de 2 000 salariés liés au tourisme et à la restauration pour une masse salariale de près de 600 millions Fcfp par mois. On compte également sur Bora Bora près de 1100 patentés, du commerce, de l’artisanat, des transports…, soit plus de 3 000 personnes dont les revenus sont liés à la clientèle touristique. Bora Bora est l’île de Polynésie qui a entièrement bâti son économie sur le tourisme. C’est l’île la plus impactée par les effets de cette épidémie.
L’ensemble des emplois liés au tourisme, de l’ordre de 12 000 sur la Polynésie, est à l’arrêt depuis le début du confinement. C’est une préoccupation que nous partageons au quotidien avec la CPS.
C’est grande angoisse pour toutes les familles dont l’emploi et l’activité dépendent des visiteurs extérieurs


Le gouvernement a pris rapidement conscience de l’impact de la crise et du confinement sur le fonctionnement et les résultats des entreprises locales, et de manière plus particulière, les secteurs du transport aérien local et international et du tourisme.
Il nous fallait donc aussi réagir rapidement pour dégager des ressources budgétaires pour, d’une part financer les dispositifs de santé publique et de la prévention sanitaire, et d’autre part, mettre en place des mesures d’accompagnement des salariés, des entreprises et des personnes fragiles pour prévenir la crise sociale qui nous guette.
C’est dans ce cadre qu’un collectif budgétaire massif a été rapidement présenté au vote de votre assemblée le 26 mars dernier. Il proposait la mobilisation d’une grande majorité de nos ressources, car, je le rappelle, personne à ce moment-là ne pouvait prédire ni la durée, ni l’acuité de la crise sanitaire.
Avec le confinement général imposé depuis le 23 mars, le gouvernement a mis en place 5 mesures d’accompagnement pour 5 publics différents.
Le RSE, Revenu Exceptionnel de Solidarité de 100 000 Fcfp, en faveur des salariés qui ne pouvaient plus rejoindre leur entreprise et travailler. 18.105 personnes ont bénéficié de cette aide pour un montant de 1,121 milliard Fcfp. Ce dispositif était une réponse à la demande conjointe formulée par les syndicats de salariés et des patrons.
Ensuite, l’IS, Indemnité de Solidarité, pour les patentés et les travailleurs indépendants. 12.333 personnes ont en bénéficié pour 1,147 milliard de francs.
Puis, l’IE, Indemnité Exceptionnelle, en faveur des personnels employés en extra et les intérimaires. 4193 personnes bénéficiaires pour 365 millions Fcfp.
Le CSE, contrat de soutien à l’emploi. 2218 bénéficiaires pour 772 Fcfp.
Le Chèque Service Particulier avec 131 personnes bénéficiaires pour 5,5 millions Fcfp.
Et enfin, le CAES en faveur des sans-emplois. 5 000 personnes bénéficiaires pour 750 millions de francs.
Durant la période de confinement d’une durée de 2 mois, le pays a ainsi pu traiter plus de 36.850 bénéficiaires pour près de 4,2 milliards Fcfp de soutien direct aux familles.
Sans oublier que les allocations familiales des enfants ressortissants du RSPF ont été relevées à 15 000 Fcfp au lieu des 10 000 Fcfp, pour la période d’avril à juin 2020, avec un coût de 350 millions Fcfp pour le supplément de 5 000 Fcfp accordé à chaque enfant.
En outre, durant cette période de confinement, la cellule sociale de crise a dépensé 570 millions Fcfp en aides sociales directes, sous la forme de bons alimentaires et autres produits de première nécessité, au bénéfice des familles en difficulté sociale.
Comme vous le voyez, nous avons tenté de couvrir tous les publics possibles de notre pays avec l’idée de laisser le moins de personnes sur les bords de la route durant cette période exceptionnelle de l’épidémie et du confinement.
Je voudrai remercier notre Vice-président, la ministre en charge du Travail, les ministres du Logement et de la Famille, pour la célérité et l’efficacité avec lesquelles, leurs équipes ont pu mettre en œuvre ces dispositifs.
C’est un coût global de 5,4 milliards Fcfp cumulés à ce jour et imputés sur le budget du Pays, pour faire face à la crise sur les aspects sanitaires, économiques et sociaux depuis le début du confinement.


Les mesures que je viens d’évoquer étaient conçues et valables jusqu’au 21 mai, date de notre dé-confinement général.
Désormais, il nous faut rapidement retourner au travail. Et c’est le grand sujet qui nous préoccupe, tous ensemble.
Le gouvernement s’est réuni en séminaire pour examiner les mesures d’urgence par la commande publique et réfléchir aux conditions d’une reprise rapide du secteur privé.
Avec le Vice-président, nous voulons que nos chantiers et nos commandes, petits et gros, puissent sortir très vite, afin de relancer tous les secteurs liés aux marchés publics. Nous veillerons à ce que nos services travaillent vite et efficacement.
Les textes de loi permettant ces aménagements de procédures seront soumis à votre assemblée dans les meilleurs délais.
Puis, il y a la reprise et la relance de l’activité dans le secteur privé, et en particulier dans le secteur du tourisme et des loisirs.
A cet égard, nous avons déjà commencé à dessiner des pistes de relance et de rebond de notre économie et notamment celle du tourisme, une des grosses locomotives de notre économie polynésienne. Mais, les paramètres de cette réflexion dépendent également de la situation sanitaire des marchés émetteurs de notre tourisme, à savoir les Etats Unis, l’Europe, le Japon et la Nouvelle Zélande.
Nous avons organisé et nous continuons les concertations avec les professionnels du tourisme, avec les partenaires sociaux, avec les maires, avec les confessions religieuses.
Je veux avant tout que les pistes retenues soient réalistes, acceptables pour nos populations et rapidement opérationnelles pour l’ensemble des professionnels du tourisme et des transports. C’est ce qui m’importe et c’est ma priorité.
Ainsi, Air Tahiti Nui reprend ses futurs vols commerciaux à partir du 1er juillet prochain vers Paris via Vancouver et à partir du 20 juillet vers Los Angeles.
Air France reprend ses vols commerciaux à partir du 8 Juillet.
De ce fait, nos hôtels classés ouvriront, pour les premiers, à compter du 1er juillet.
A Tahiti, l’Intercontinental Tahiti Resort avait ouvert son établissement dès le 7 juin dernier en week-end avec de la clientèle locale et ouvrira plus largement à compter du 1er Juillet. Les autres hôtels de Tahiti ouvriront dans le courant du mois de juillet et au plus tard le 4 Août pour l’hôtel Tahiti Nui.
A Moorea, le Sofitel Ia Ora de Moorea et le Manava Beach Resort seront les premiers à amorcer une ouverture le 10 Juillet, suivis par le Hilton Moorea, le 20 Juillet.
A Tetiaroa, The Brando ouvrira le 15 Juillet.
A BoraBora, tous nos hôtels ouvriront entre le 1er et le 23 Juillet, excepté le Maitai Bora qui a ouvert depuis le 8 juin dernier.
A Tahaa, à Raiatea, à Huahine, à Rangiroa, à Tikehau et à Hiva Oa, les hôtels classés sont opérationnels depuis le 12 juin pour les premiers et le 22 Juillet pour le plus tardif.
Certains de ces hôtels nous annoncent que leur taux de remplissage se montera à près de 70 % pour juillet et août. C’est une information plutôt rassurante pour notre industrie touristique et pour notre destination réputée comme « covid free ».
Nos hébergements chez l’habitant ont repris leurs activités depuis la reprise le 22 mai dernier, des vols domestiques d’Air Tahiti. A cet égard, je salue la forte mobilisation commune des propriétaires de pensions de famille et de notre compagnie domestique pour attirer et inciter les Polynésiens à faire du tourisme local.
Je crois savoir que l’engouement des Polynésiens à vouloir redécouvrir les richesses de leurs îles est réel. C’est un formidable geste d’encouragement pour nos pensions des îles et un geste de patriotisme économique bien salutaire pour cette période difficile pour nos petites exploitations touristiques.
Je veux vous dire que l’ouverture de nos frontières est une nécessité pour relancer l’économie. Nous avons bien sûr mis en place un protocole sanitaire pour accueillir les touristes dans les meilleures conditions et sans que notre population ne soit mise en danger. Ces mesures seront présentées demain par notre ministre en charge du tourisme.
Mais je souhaite attirer votre attention sur la difficulté que nous avons encore à nous procurer des tests. Il y a un mois pourtant j’avais demandé au ministre national de la Santé, Olivier Véran, de nous faire parvenir 10.000 tests. Le Premier ministre Edouard Philippe m’a confirmé ce matin l’envoi de ces tests.
En parallèle, nous avons entrepris des démarches pour acquérir 50 000 tests salivaires EasyCov développés par le CNRS et commercialisés par une entreprise de Montpellier. Nous attendons une réponse dans les prochaines heures, et que j’espère positive.
Je veux vous rassurer. Comme d’habitude, nous ferons le nécessaire pour nous procurer les tests dont nous avons besoin.


Aujourd’hui, tout le monde adhère à l’idée qu’il est urgent et qu’il faut reprendre le chemin du travail.
Pour relancer et stimuler une économie à l’arrêt, il faut également mettre en oeuvre des moyens importants et veiller à ce que les forces de travail et de production soient toujours intactes.
Il s’agit de moyens financiers et de moyens règlementaires simplifiés afin de faciliter et d’accélérer les autorisations administratives solliciter par les acteurs publics et privés.
Chacun de nos départements ministériels a été mobilisé pour que les chantiers et les plans de campagne menés par le Pays soient dynamisés et concrétisés dans les meilleurs délais. En d’autres termes, chaque franc investi par la puissance publique est un franc précieux pour nos entreprises.
En termes de crédit de paiement pour notre budget d’investissement, je rappelle que le Pays a mis en place près de 53 milliards Fcfp. Je sais que cette somme est considérable et va au-delà de nos capacités de consommation annuelle qui se monte à près de 30 milliards de liquidation. C’est vous dire que la liste des chantiers bénéficiant d’un financement assuré est bien réelle et n’attend qu’à être mise en oeuvre.
Le second semestre de 2020 est une période capitale pour notre tissu économique.
Je souhaite que le maximum de travailleurs puisse rester au sein de leur entreprise et éviter un chômage massif.
Au titre des moyens publics, pour le prendre le relais des mesures d’urgence, telles que le Revenu Exceptionnel de Solidarité et l’Indemnité de Solidarité, nous avons mis en place depuis le 21 mai dernier avec votre soutien, la mesure intitulé DIESE, Dispositif exceptionnel de sécurisation de l’emploi, en faveur des salariés et des entreprises en difficulté d’une part, et le DESETI, Dispositif exceptionnel de sauvegarde de l’emploi des travailleurs indépendants, en faveur des patentés et des travailleurs indépendants d’autre part. Vous connaissez ces mesures puisque votre honorable assemblée les a adoptées ces dernières semaines.
Depuis leur mise en application, le 21 mai dernier, nous enregistrons à ce jour, 1 186 demandes de bénéficiaires pour le DIESE et 238 demandes pour le DESETI. Et ce n’est pas fini puisque le redémarrage et la montée en puissance de nos entreprises et de nos outils de production se feront progressivement au cours de ce second semestre.
Au titre de l’Etat, le haut-commissariat nous informe que le Fonds de solidarité est intervenu pour les mois de mars à mai 2020, pour un total de 16.334 demandes d’aide pour un total de 2,450 milliards Fcfp. Le Fonds de solidarité sera poursuivi jusqu’en décembre avec un ciblage en faveur du secteur du tourisme.

Au titre du PGE, prêt garanti par l’Etat, en faveur des entreprises du Pays, 388 dossiers d’entreprises ont été validés par les services de l’Etat, à ce jour, pour un montant de 18,55 milliards de francs de soutien garanti.
Nous saluons et remercions l’Etat pour ce soutien indispensable et important de nos outils de production.


Parallèlement, le gouvernement a sollicité le soutien financier de l’Etat dès le début de la crise sanitaire en accompagnement de nos efforts à tous. Nous avons rapidement évalué les impacts de la crise économique qui allait succéder à la crise sanitaire dans un contexte de tensions extrêmes avec une totale méconnaissance de cet ennemi sans visage qui terrassait les économies du globe.
Le 20 mars 2020, j’ai transmis au Premier Ministre, Edouard Philippe, une première demande de subvention à hauteur de 36 milliards Fcfp, destinée à couvrir globalement les besoins financiers du pays liés à la perte estimées des recettes fiscales et sociales, au financement des mesures d’urgence en matière de santé et les revenus et indemnités de solidarité évoquées précédemment.
Le 10 avril 2020, j’ai communiqué au Ministre de l’action et des finances publiques, Gérald Darmanin, une nouvelle évaluation financière plus circonscrite à hauteur de 27,4 milliards Fcfp qui tenait compte du seul ajustement de l’enveloppe des aides à l’emploi exprimées par les entreprises, et du rétablissement des budgets obligatoires tels que le FIP et la rémunération des personnels de l’administration, mais également celui des budgets de l’administration, amputés toutefois de 15% par rapport au budget primitif 2020.

Suite à la conférence téléphonique du 28 avril 2020 avec le Président de la République, Monsieur Emmanuel Macron, nous avons convenu de mettre en place avec Monsieur le Haut-commissaire de la République, un comité des financeurs Etat/Pays pour évaluer encore plus précisément les besoins financiers de la Polynésie exprimées auprès du Premier Ministre et du Ministre de l’action et des comptes publics.
J’ai chargé notre Vice-Président et ses équipes de conduire ces analyses pour le Pays dans des temps records et alors que la crise sanitaire clouait au sol notre économie sans perspective rapide de redémarrage.
Ce comité des financeurs s’est réuni deux fois : le 5 mai 2020, pour définir la méthode de travail et fixer un calendrier de travail et le 13 mai 2020 pour examiner dans le détail les analyses du Pays. Au final, les membres du comité ont validé les analyses et les besoins exprimés par le pays à l’unanimité.
C’est ce document qui servira de bases à toutes les discussions désormais officielles pour le financement de la crise économique et financière, mais avant tout sociale, que le Pays s’apprêtait à combattre désormais. Paris concluait dès lors sur les modalités financières de cet accompagnement de l’Etat et nous orienta vers un emprunt bénéficiant de la garantie de l’Etat à soumettre au Parlement national dans les délais les plus brefs.
Dans ce cadre désormais clarifié, le 22 mai 2020, j’ai sollicité auprès du Premier Ministre, l’octroi de la garantie de l’Etat pour 2 prêts de respectivement 37 milliards Fcfp pour couvrir les besoins de notre collectivité et de 19 milliards pour soutenir la trésorerie de la CPS, soit 56 milliards au total, afin de permettre à tout notre pays de surmonter cette crise économique majeure.

J’évoquais également dans ce courrier la situation difficile que traverse notre compagnie aérienne Air Tahiti Nui. Au regard des sommes colossales débloquées à Paris au chevet de la compagnie nationale et de certaines compagnies régionales outre-mer, j’ai proposé 3 mesures d’accompagnement qui pourraient être mises en œuvre par l’Etat :
1) La prise en charge par l’Etat d’une allocation de chômage partiel, au même titre que pour les compagnies aériennes nationales ;
2) l’ouverture du capital de la compagnie à un organisme de financement public de l’Etat ;
3) l’émission d’obligations convertibles en actions. Je suis à ce jour toujours dans l’attente d’une réponse de l’Etat sur ces dernières propositions d’intervention.
A ma demande, notre députée Maina Sage a pris l’avion en urgence, hier soir, pour aller faire entendre notre voix et notre sénatrice redouble d’efforts pour mobiliser nos amis de la chambre haute.
Je dois vous avouer, et j’y ai cru un moment, que Paris a marqué le pas. Cela m’a amené à me poser question sur la manière dont nous devrions appréhender les semaines qui viennent.
Nous avons bien obtenu le blanc-seing unanime des membres du comité des financeurs local sur la justesse de nos analyses financières et économiques, démontrant ainsi que les demandes du pays avaient été soigneusement préparées et bien argumentées.
Serions-nous victimes de la bonne gestion de nos deniers publics polynésiens conduisant ainsi certaines hautes administrations à minimiser nos besoins d’accompagnement ? Serions-nous aussi victimes d’un filtre lointain qui considère les collectivités françaises du Pacifique comme similaires et indissociables alors que nos économies, notre exposition internationale et nos défis, tout comme nos aspirations, sont profondément différents ?

Je ne veux pas le croire. Mais j’éprouve parfois le poids de l’incompréhension, alors qu’en métropole, les mots différenciation-décentralisation provoquent beaucoup de débats positifs et font l’objet de nombreux rapports parlementaires.
Pourtant, la gestion financière de la Polynésie française de ces 3 dernières années a été saluée tant par nos bailleurs de fonds que par les auditeurs indépendants de nos comptes publics. Mais la crise nous a touchés avec surprise et brutalité.
Elle s’installe avec durée car nous sommes particulièrement exposés à un contexte international qui ne nous permet pas d’envisager encore à ce jour, de meilleures perspectives que celles très progressives d’une remontée de la pente pas à pas.
Comment accompagner nos populations fragilisées par cet arrêt brutal et cette gestion du temps long ? Comment soutenir les emplois en souffrance pour que nous ne laissions personne au bord du chemin de la reconquête d’activité et du rebond économique ?
La Polynésie n’a d’autre choix que d’emprunter pour notre fonctionnement et nous nous plions à cet exercice qui va à l’encontre de nos principes de gestion financière depuis ma prise de fonction. Il n’est pas question d’emprunter plus que nécessaire dans ce cadre.
Mais nous savons également que dans l’esprit et la lettre de la relance que je souhaite insuffler, avec la réouverture de notre Pays à l’international et du train de mesures que nous avons préparé avec le Vice-président et l’ensemble du gouvernement, le plan d’envergure volontariste et massif ne saura être efficace que s’il démarre avec un soutien franc et significatif de l’Etat.
Le projet de modification de la loi de finances rectificative nous indique un montant de garantie de l’Etat à hauteur de 28,64 milliards Fcfp à l’étude par le Parlement national.

Concrètement, la demande globale du pays aura donc été considérée pour sa moitié à ce stade. Ces dispositions m’ont été confirmées le l5 juin 2020 dans un courrier du Premier Ministre, et ce matin encore dans un échange téléphonique avec Edouard Philippe, qui, selon ses termes, présente cette inscription financière comme une première réponse d’urgence.
Je ne suis pas homme à baisser les bras ni à me soustraire à mes responsabilités. Si l’exercice doit se faire en deux temps nous le ferons.
Je prépare une mission économique et financière que je souhaite mener à Paris dès le mois de juillet pour préparer, justifier, soutenir, expliciter et obtenir le soutien que nous avons demandé au plus haut niveau de l’Etat.
Vous le savez, je n’ai jamais quémandé quoi que ce soit depuis mon accession à la Présidence de notre Pays et je ne vais pas commencer aujourd’hui. Mais je ferai un point d’honneur à trouver les mots et l’énergie nécessaires pour garantir à notre pays les moyens de sa résilience et de son rebond économique.
Nos populations, nos emplois, nos entreprises, notre économie forment ma priorité absolue. Je me battrai à Paris pour que notre voix forte et entière soit entendue ! Et je l’affirme, j’ai confiance.
Je terminerai mon propos sur ces points en reprenant le tout dernier message du Président de la République, Monsieur Emmanuel Macron, adressé aux français dimanche dernier. Il évoquait alors la mobilisation de 500 milliards d’euros pour l’économie française en indiquant notamment, et je cite :
« Dans combien de pays tout cela a été fait ? C’est une chance et cela montre la force de notre Etat et de notre modèle social. »
Je souhaite que la force de l’Etat ainsi exprimée trouve ou retrouve sa résonnance dans toute la République, y compris dans cette France du bout du monde et en particulier en Polynésie française.


Vous savez, chaque jour qui apparaît depuis le début de la crise sanitaire, est un jour de souffrance morale pour moi.
Nous nous sommes battus, tous ensemble, depuis 5 ans pour relever notre pays.
Nos efforts de ces cinq dernières années ont été fructueux puisque l’année 2019 fut l’année record de notre PIB, à hauteur de 670 milliards Fcfp. Nous avons créé plus de 10 000 emplois nouveaux, nous avons commencé à remettre en équilibre nos comptes sociaux et notre note Moody’s a encore été appréciée positivement.
Puis, en mars dernier, cette crise sanitaire est venue brutalement entraver notre essor et sans doute, mettre des milliers de personnes en difficulté. C’est rageant et presque injuste.
Mais, grâce à la foi, je me dis que ce sont des épreuves de la vie qu’il faut surmonter. Il y a certainement un message divin que nous devons saisir au travers de cette crise.
Nous devons faire preuve, tous ensemble, de résilience et de rénovation morales, environnementales, économiques et sociales.
Rien ne sera plus jamais comme avant.
Mauruuru i te fa’aro’ora’a mai.