Ouverture de la session administrative à l’Assemblée de la Polynésie française

A l’occasion de l’ouverture de la session administrative de l’assemblée, le Président Edouard Fritch a, comme il est d’usage, fait le bilan de l’année qui vient de s’écouler et a donné les grandes orientations pour les mois à venir.

Avant cela, il a présenté les deux nouveaux représentants Tapura qui siègent désormais à l’assemblée, à savoir Maeva Bourgade, qui remplace Tapeta Tetopata récemment décédée, et le maire de Tubuai, Fernand Tahiata.

Le Président a dans un premier temps rappelé les difficultés que le monde entier et la Polynésie ont traversé du fait de la pandémie de Covid.

Ainsi, 4 000 personnes ont perdu leur travail ou leur activité sur l’année, et près de 9 000 emplois en équivalent temps plein ont été détruits en l’espace seulement de 4 mois, entre janvier et avril 2020, dont 41 % dans le secteur de l’hébergement et de la restauration. Les dispositifs exceptionnels de sauvegarde des emplois mis en place dès mars 2020 ont permis de soutenir plus de 26.000 personnes (salariés, entrepreneurs indépendants et foyers sans revenu) entre avril et décembre 2020. Ce sont plus de 6 milliards Fcfp qui ont été consacrés par le Pays à cet édifice de solidarité face à la crise sanitaire. Parallèlement, le soutien aux demandeurs d’emploi a été poursuivi en prolongeant les mesures de droit de commun d’aide à l’emploi et à la formation professionnelle. « Je le réaffirme aujourd’hui: notre objectif de sauvegarde des emplois a donc été assuré et nous avons pu limiter la casse. », a déclaré le Président.

« Concernant 2021, nous le savons, l’année sera encore difficile. Du fait des restrictions de déplacement et de voyage auxquelles nous sommes confrontés depuis le début du mois de février, nous avons dû renforcer le plan de sauvegarde de l’emploi que vous avez unanimement soutenu. Ce renforcement des dispositifs prolonge jusqu’au 30 juin la période exceptionnelle au cours de laquelle le DIESE et le DESETI peuvent encore être sollicités. Je vous rappelle que l’ensemble de ces mesures permettent de couvrir un large public : salariés en réduction du temps de travail, travailleurs indépendants, licenciés économiques, foyer sans aucun revenu. Votre assemblée aura également à débattre d’un projet de loi visant à la création de structures d’insertion sociale par l’activité économique. », a ajouté le Président.

Aujourd’hui, la perspective de sortie de la crise repose sur quatre piliers:

  • Le Plan de relance 2021-2023 qui a été approuvé par le Gouvernement et présenté dernièrement à l’Assemblée de la Polynésie française,
  • La poursuite voire l’intensification de la campagne de vaccination intensive à Tahiti mais aussi dans les iles,
  • La prochaine réouverture des frontières.
  • L’utilisation de l’épargne engrangée par les polynésiens durant cette crise via la consommation et l’investissement des agents économiques.

Concilier protection sanitaire et développement économique

Dans un climat de confiance rétabli, l’utilisation de ressources financières importantes sera utile pour accompagner le plan de relance du Pays dont le montant avoisine 78,4 milliards Fcfp. L’attitude citoyenne des polynésiennes et des polynésiens qui, en consommant et investissant local, va aussi contribuer à favoriser la reprise de la croissance économique.

« Dans ce contexte où le marché du travail est aujourd’hui contraint, nous mettrons également en œuvre la loi du Pays relative à la promotion et à la protection de l’emploi local promulguée en novembre 2019 (…) Dès le mois prochain, nous créerons la commission consultative tripartite de l’emploi local (CCTEL), composée de représentants du Pays et de représentants, en nombre égal, des organisations syndicales représentatives des salariés, d’une part, et des organisations syndicales représentatives des employeurs, d’autre part. Puis la mise en place de l’observatoire de l’emploi au sein du SEFI, sera une étape incontournable pour permettre le fonctionnement de cette commission. », a ajouté le Président.

Le chantier de la modernisation du code du travail fait par ailleurs l’objet depuis quelques semaines de rencontres entre le ministère du travail et les organisations patronales et de salariés. En 2020, la crise sanitaire a révélé avec encore plus d’acuité, l’efficience de la formation professionnelle, notamment en termes d’accompagnement des victimes de licenciements économiques.

L’accélération du programme de vaccination en Polynésie est un élément clé de protection de la population mais aussi de la réouverture des frontières au mois de mai. Elle vise à amener la Polynésie le plus rapidement possible vers l’immunité collective. Grâce à l’appui du Président de la République, 15.000 doses de vaccins seront livrées désormais chaque semaine.

Les protocoles d’entrée et de séjour des voyageurs mis en place seront différents en fonction de l’état sanitaire du passager, le test RT-PCR avant départ restant d’actualité. Le tourisme est central pour notre économie. Il est notre premier vecteur de richesses provenant de l’extérieur. Il représentait, ces dernières années, plus de 80% de nos ressources propres.

« Même si, comme le traduit le plan de relance que nous vous avons présenté, nous devons renforcer à la fois nos économies bleue et verte, regagner des parts en faveur de l’autonomie alimentaire, et dépendre moins également de l’extérieur sur le plan énergétique, il est indispensable de renforcer toutes nos ressources propres, tout ce que nous pouvons exporter comme biens et comme services. », a déclaré le Président.

Le Président a également évoqué la situation d’Air Tahiti Nui, la préservation de la compagnie devant passer par la reprise de l’activité aérienne.

Sur le plan purement sanitaire, la mobilisation des hommes et des moyens a été intense. Le Président a tenu à remercier chaleureusement tous ceux qui se sont impliqués, parfois dans des conditions difficiles et jusqu’au bout de leurs forces, pour combattre ce fléau.

La fermeture des frontières a également montré qu’il fallait accélérer la mutation agricole pour tendre vers la sécurité alimentaire. Il faut poursuivre les efforts afin d’inverser la tendance de la balance commerciale du Pays et diminuer l’importation des produits que la Polynésie est capable de produire.

Un projet de loi de Pays pour lutter contre le gaspillage alimentaire sera présenté prochainement au Conseil des ministres. Ce texte permettra la création d’une banque alimentaire, en charge de la collecte et de la distribution des dons alimentaires auprès des organismes œuvrant en faveur des plus démunis, les épiceries solidaires notamment.

Concernant l’économie bleue, et plus particulièrement le secteur de la pêche hauturière, le gouvernement poursuit sa stratégie d’entrée en flotte progressive des navires de pêche polynésiens avec la délivrance d’ici la fin du mois d’une douzaine de nouvelles licences ouvrant droit à la défiscalisation permettant leur construction dans les chantiers locaux et des perspectives de recrutement de 5 à 6 marins par navires minimum.

La modernisation de l’administration est un axe prioritaire souhaité par le gouvernement pour cette mandature. Cette thématique a été un des points du séminaire gouvernemental de février 2021 et une feuille de route a été clairement définie. L’exigence de modernisation administrative implique une accélération de la politique du numérique. Le plan de relance répond à cette exigence en programmant des investissements lourds dans la mise en œuvre d’un réseau très haut débit de l’administration sur l’ensemble du territoire. Ce développement du numérique doit aussi servir l’éducation.

Pour le secteur de l’Education, le gouvernement proposera dans quelques semaines deux lois de Pays, une sur l’obligation scolaire dès l’âge de trois ans et sur l’instruction dans la famille, et une autre sur le développement et la pérennisation de la promotion des langues polynésiennes et des classes bilingues de la maternelle au lycée.

En matière de logement, dans un contexte de maintien à un niveau élevé du secteur de la construction, les missions de construction du service de l’urbanisme et du centre d’hygiène et de salubrité publique ont été regroupés au 1er janvier 2021 au sein d’une nouvelle Direction de la Construction et de l’Aménagement (DCA). Cette fusion opérationnelle contribuera à fluidifier l’instruction des autorisations de construire, faciliter la coordination des instructions, et réduire les délais d’instruction, tant aux îles du Vent que dans les archipels des Tuamotu Gambier, des Australes, des îles du Vent, et des Marquises.

Concernant le transport aérien interinsulaire et suite à l’appel à candidature lancé, le Pays est actuellement en phase d’analyse des candidatures et des offres. Les négociations seront entamées dès le 28 avril. Le Conseil des ministres se prononcera sur le choix du délégataire dans sa séance du 2 juin, et la convention sera signée le 15 juin.

Les dossiers évoqués avec le Président de la République

Le Président a évoqué également trois points sur lesquels il a échangé récemment avec le Président de la République, Emmanuel Macron.

Le premier point porte sur les conséquences des essais nucléaires. « La demande de « vérité et de justice » est dans tous les esprits des Polynésiens. C’est cette quête que j’ai soumis au Président de la République et qui a répondu favorablement en proposant une Table ronde de haut niveau. Elle sera lancée dès le mois de juin prochain à Paris par le Président de la République lui-même. », a indiqué le Président.

Le deuxième sujet, qui a été abordé avec le Premier ministre, concerne la convention santé-solidarité. Un nouveau projet de convention santé-solidarité doit être établi pour prendre en compte de nouvelles problématiques sanitaires que sont la dépendance, les évacuations sanitaires internes et les équipements médicaux.

Le Président a également négocié à Paris un volet numéro 3 du contrat de développement et de transformation, baptisé « accord territorial de relance ». Il s’agit concrètement, d’une part, d’organiser en Polynésie les dispositifs nationaux au travers d’appels à projets, notamment sur le tourisme durable ou l’économie circulaire. D’autre part, ce contrat prévoit que l’Etat injectera 430 millions Fcfp dans notre économie pour la rénovation de ses bâtiments et 211,5 millions Fcfp pour les bâtiments des communes. Une autre enveloppe de 226 millions Fcfp est débloquée et le Président a souhaité qu’elle soit affectée à la rénovation des logements étudiants. Enfin, des fonds pour des appuis sectoriels sont également prévus pour la culture et l’environnement. Ce sont donc plus de 860 millions Fcfp qui seront injectés dans l’économie locale, principalement pour soutenir les corps de métiers du bâtiment.

Le Président a aussi évoqué avec le Président Macron son déplacement en Polynésie, initialement prévu au mois de mai, et qui a été décalé à la fin du mois d’août 2021. Il visitera un atoll et une île des Marquises. Culture, résilience environnementale, résilience économique devront être les thématiques fortes de sa visite officielle.

« Nous avons confiance dans le redémarrage de notre économie avec la réouverture prochaine des frontières, et nous nous donnons là encore les moyens d’accompagner cette relance. » a conclu le Président.

VIDÉO DU DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA POLYNÉSIE FRANÇAISE À L’OCCASION DE L’OUVERTURE DE LA SESSION ADMINISTRATIVE

VIDÉO DU DISCOURS DU PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE DE LA POLYNÉSIE FRANÇAISE À L’OCCASION DE L’OUVERTURE DE LA SESSION ADMINISTRATIVE